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13 octobre 2012

LE MYTHE DE LA STÉRILISATION DES BIBERONS


Docteur, jusqu'à quel âge doit-on continuer de stériliser les biberons de notre bébé ? Ma copine m'a dit 6 mois mais mon ami me dit que ça ne sert à rien et que je perds mon temps...Voilà une interrogation qui revient tous les jours ou presque dans les bouche des parents lorsque l'on aborde avec eux l'alimentation de leur bébé. Ils ont tellement peur de mal faire qu'il ne faudrait pas se tromper.


La grande majorité des manuels de puériculture est pourtant claire à ce sujet. Les anciennes  recommandations de la Pédiatrie officielle et des puériculteurs diplômés nous disent que, jusqu'à 6 mois pour les plus stricts, 4 mois pour les plus laxistes, tous les jours les biberons soigneusement tu laveras et méticuleusement tu désinfecteras... Au-delà de cet âge, suppose-t-on, les défenses immunitaires du nourrisson seraient devenues suffisantes pour pouvoir administrer sans risques un aliment lacté dans un récipient non stérilisé. Les Pédiatres qui prêchent ces dogmes sont également formels. La très médiatique Edwige ANTIER est intraitable et nous menace sinon de "recrudescence de gastro-entérites avec même des germes rares" ...


L'AFPA (Association de Pédiatrie ambulatoire) est moins catégorique et propose un double langage sur ce sujet lorsque l'on se rend sur son site www.laits.fr, dédié aux conseils dans le choix d'un lait pour nourrissons. Ses responsables affirment d'abord, sur la page  parlant des soins d'hygiène, que "selon les recommandations de sécurité sanitaire" il n'y a pas lieu de stériliser  les biberons à domicile. Mais tout de suite après, on lit un avis contradictoire rédigé ainsi  "La stérilisation reste pourtant recommandée au cours des premières semaines de vie, le temps que la flore intestinale du nourrisson s'établisse progressivement, permettant à son organisme d'être moins sensible aux bactéries pathogènes."

Le rituel de la stérilisation peut être réalisé soit à chaud, soit à froid. A chaud, les parents plutôt écolos utilisent l'eau bouillante d'une cocotte ou l'immersion dans une grande casserole. Les parents les plus "up-to date" préfèrent le stérilisateur électrique offert par belle-maman ou les plus pressés le stérilisateur que l'on place dans un four à micro-ondes. Si on a peur de se brûler et que l'on ne craint pas l'odeur de l'eau de Javel, un bac de stérilisation à froid est toujours possible en y immergeant tout le matériel dans de l'eau additionnée d'une pastille à base de chlore renouvelée tous les jours.  

Tous les sites et forums Internet des mères branchées (Famili, Magicmaman, Boutchou.com, Bébémonamour...) sont également formels. La stérilisation est bien obligatoire et serait d'ailleurs, d'après certains sites, totalement recommandée par l'AFSSA (Agence de sécurité des aliments, devenue depuis l'ANSES). 

Ah bon ! Pourtant si l'on a la curiosité d'aller visiter ce site gouvernemental (1), et très sérieux, on y lit un "nouveau testament" révolutionnaire  :

"Après utilisation, le biberon est vidé de son éventuel contenu résiduel, rincé à l’eau froide et lavé en lave-vaisselle en utilisant un cycle spécifique complet (haute température à 65°C au minimum et séchage impératif). Les bagues, les capuchons et les tétines en silicone peuvent également être mis au lave-vaisselle. Les tétines en caoutchouc ne peuvent pas être mises au lave-vaisselle ; elles sont rincées et nettoyées minutieusement avec un écouvillon propre en les retournant. En l'absence de lave-vaisselle, après utilisation, le biberon et les annexes sont rincés à l’eau froide et nettoyés par immersion dans de l'eau additionnée de produit détergent (liquide vaisselle) avec un écouvillon propre, puis rincés. Le biberon et ses annexes doivent être mis à sécher. L’utilisation du torchon est proscrite.  

D’une façon générale, à domicile, il n’y a pas lieu de stériliser les biberons. Il n’y a donc pas lieu d’utiliser les procédés chimiques dits de stérilisation, ni les dispositifs à micro-ondes, ni les « stérilisateurs » du commerce. Les caractéristiques techniques de ces derniers ne leur permettent pas, au sens de la normalisation européenne (CEN) ou française (AFNOR), d’être qualifiés de procédés de stérilisation." 

La sacro-sainte stérilisation a donc la vie dure. Celle-ci semble tout à fait utile et raisonnable dans les collectivités (services hospitaliers, maternités, crèches) là où les biberons ne sont pas forcément personnalisés et souvent préparés à l'avance. L'utilisation de biberons à usage unique ("nourettes")  permet d'ailleurs d'éviter ces taches fastidieuses avec une meilleure sécurité bactériologique. 

En revanche, dès lors que le nourrisson a regagné son milieu familial, il devient difficile de défendre ces pratiques traditionnelles héritées d'un autre siècle où l'hygiène infantile était malmenée. Les  déshydratations par gastro-entérites représentaient une des causes principales de mortalité infantile dans des tableaux qualifiés alors de "toxicose du nourrisson".

Cette mémoire ancestrale de la peur du microbe n'a plus lieu d'être à l'heure actuelle dans nos sociétés industrialisées où le lavage des mains et des biberons est rentré dans les moeurs.  Cette pseudo-stérilisation est bien sûr de plus illogique sur le plan  bactériologique. L'eau du robinet ou n'importe quelle eau minérale n'est bien sûr pas stérile. Alors pourquoi devrait-on s'acharner avec de multiples précautions à stériliser un contenant dont le contenu ne sera jamais stérile ? Est-ce que les mères qui allaitent au sein les immergent dans un bac "Milton" avant la tétée pour les stériliser aussi bien que les tétines des bébés qui sont nourris au lait artificiel ? Faudra-t-il aussi stériliser la petite cuillère lors du début de la diversification alimentaire ? Et Sophie la petite girafe, devra-elle faire un stage quotidien au micro-ondes avant de pouvoir être mâchouillée par bébé ?

Le bon sens doit être respecté et l'hygiène la plus évidente suffit pour tous les nourrissons. Le lavage des mains itératif et soigneux est obligatoire. Le lavage attentif des biberons et des tétines après usage pour y ôter toute trace de lait, milieu de culture idéal, est la règle. Un stockage dans un endroit propre et sec est ensuite suffisant. La préparation au dernier moment des biberons évite une contamination microbienne importante en jetant ensuite tout biberon non fini. Ceux-ci ne devront pas être préparés à l'avance ou sinon conservés obligatoirement, comme tout aliment, au réfrigérateur. "Stériliser" un biberon mal nettoyé serait sûrement plus à risque que de boire dans un biberon non stérile mais parfaitement propre.  Une plaquette explicative illustrée a été éditée par le Ministère de la Santé et l'ANSES, disponible à cette adresse. Les conséquences de l'absorption prolongée de résidus de solutions antiseptiques à base de chlore chez le jeune enfant posent aussi problème.

Cette pratique encore trop souvent recommandée de stérilisation représente bien sûr de plus une perte de temps et d'argent pour de jeunes mères souvent débordées qui pourraient consacrer leur énergie à d'autres tâches. Cette stérilisation représente bien sûr un marché important pour l'industrie de la puériculture qui vend ses publicités dans la presse spécialisée et sur les sites Internet qui se sentent donc obligés de promouvoir le matériel de leur sponsors. Cette routine sécuritaire du tout stérile représente aussi un sous-entendu stressant pour de jeunes parents peu sûrs d'eux et inexpérimentés. Il fait passer le message du bébé "fragile", à la merci du moindre "courant d'air" et du premier microbe qui contaminerait le moindre biberon mal stérilisé.  

Dominique LE HOUÉZEC


(1) AFSSA. C. Bultel, D. Turck. Recommandations d’hygiène pour la préparation et la conservation des biberons (juillet 2005)

4 commentaires:

  1. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur cette question de stérilisation des biberons.Ton article comporte deux points forts.

    D’une part,lorsque tu écris "Cette routine sécuritaire du tout stérile représente aussi un sous-entendu stressant pour de jeunes parents peu sûrs d'eux et inexpérimentés. Il fait passer le message du bébé "fragile", à la merci du moindre "courant d'air" et du premier microbe qui contaminerait le moindre biberon mal stérilisé".

    Et d’autre part lorsque tu nous donnes à voir une vidéo dans laquelle Edwige Antier plaide pour la stérilisation.

    Sur le premier point:le bébé fragile, il y aurait beaucoup à dire. Je crois que certains pédiatres encouragent parfois de bonne foi, parfois de façon intéressée, cette tendance fréquente chez les jeunes parents à se considérer comme incompétents et à considérer leur bébé comme très fragile. Je crois que l’idée que les bébés sont fragiles est une idée simpliste et fausse, je crois que l’idée qu'ils ne sont pas fragiles est une autre idée simpliste et fausse. Je crois qu’il y a des éléments de fragilité qu'il faut connaître.

    Très longtemps, on a cru que le bébé était fragile tant qu’il n’avait pas reçu le BCG et qu’il était bien armé contre la maladie une fois vacciné. Très longtemps, on a cru qu’il était insensible à la douleur. Ce sont les fausses idées sur les domaines de fragilité et de résistance qu’il faut combattre.

    Mais c’est surtout la vidéo d’Edvige Antier qui est passionnante. Tu cites avec juste raison cette phrase inacceptable où elle parle de "recrudescence de gastro-entérites avec même des germes rares".…Mais l’écrit ne rend pas totalement compte de son message, il faut vraiment l’écouter et bien la regarder. Et il faut se passer en boucle sa mimique lorsqu’elle prononce le mot «rare». Un peu comme si elle savait qu’elle invente un argument et comme si elle prenait plaisir à avoir le pouvoir de convaincre en inventant de toutes pièces un argument.

    Par ailleurs, le fait qu’Edwige Antier soit très médiatique mériterait à lui seul que l’on s’interroge sur les motivations des médias à l'inviter à s'exprimer.


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  2. Merci de ces commentaires très intéressants. Je rajouterai simplement un point sur le bébé "fragile". Il est évident qu'un tout jeune enfant n'a pas un système immunitaire tout à fait performant. Il est donc déconseillé de permettre des visites de proches ou d'amis qui toussent ou sont très enrhumés. C'est comme cela qu'une bronchiolite peut apparaître. Pour des raisons identiques de contamination aérienne, il est risqué de se promener avec un bébé de quelques semaines dans une grande surface ou des endroits confinés.
    La place idéale d'un enfant de quelques mois est son milieu familial auprès de ses deux parents. C'est pour cela que je considère qu'il est totalement anormal que l'on oblige une mère qui vient d'accoucher à reprendre son travail lorsque son enfant vient d'avoir deux mois et qu'elle doit le confier à une nourrice, où l'enfant va côtoyer d'autres enfants eux-même malades ou encore mieux dans une crèche où les épidémies de bronchiolite et de gastro-entérites se suivent tous les hivers. Cette reprise de travail prématurée a d'autre part l'énorme inconvénient de décourager de nombreuses mères d'allaiter leur enfant ou d'interrompre à contre-coeur un allaitement qui s'était bien mis en place.

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  3. DANNE Jennifer22 mai 2015 à 14:29

    Une erreur se glisse dans votre texte ou du moins n'est actuellement plus correcte: l'ANSM ne recommande absolument pas la stérilisation pour un usage personnel, mais uniquement dans le cadre hospitalier pour l'usage de biberons à usage unique pour les grands prématurés et bébés avec pathologies particulières.
    Texte ANSM :
    "Les biberons vendus dans le commerce sont-ils stérilisés à l’OE (oxyde d'éthylène) ? Non, les biberons vendus dans le commerce (grandes surfaces, pharmacies) aux mamans ne sont pas
    stérilisés à l’OE. La stérilisation n’est pas nécessaire et l’asepsie du biberon est obtenue par d’autres
    techniques. N’oublions pas que le lait donné aux nourrissons n’est pas stérile. Toutes ces techniques
    sont autorisées pour des matériaux au contact des aliments." (http://www.ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/f633823f355349e5090348895c6ab477.pdf)

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  4. Merci de votre remarque. Je constate cependant que vous devez avoir confondu deux organismes officiels aux acronymes assez proches. Vous me parlez d'un texte de l'ANSM (Agence nationale de sécurité des médicaments), anciennement appelée AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) qui parle de la stérilisation chimique à l'oxyde d'éthylène en milieu hospitalier.
    J'ai cité dans mon texte l'AFSSA (Agence de sécurité des aliments) devenue actuellement l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail)
    Il est vrai que l'on peut y perdre son latin (comme disait récemment notre Ministre de l'Education nationale) lorsque l'on est confronté à ces changements de sigles qui ne sont souvent que de l'ordre du cosmétique.

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